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| Discours prononcé par Chantal Sémis le 7 juin 2008 à Prayols (Ariège) | |
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Sra Directora General de la Memòria Democràtica de Catalunya, Monsieur le Vice-Président du Conseil Régional Midi-Pyrénées, Messieurs les Conseillers, Monsieur le Représentant du Conseil Général de l’Ariège, Madame la Conseillère déléguée de la Ville de Toulouse, Monsieur le Maire de Prayols, Mesdames et Messieurs les élus, Présidents d’Associations de France et d’Espagne, Mesdames, Messieurs, Chers Amis, Queridos Amigos, L’Amicale des Anciens Guérilleros Espagnols en France (FFI) et son Président national Monsieur Narcis Falguera, m’offrent l’honneur de représenter devant vous aujourd’hui, la deuxième génération, celle des enfants, fils et filles, descendants des guérilleros républicains espagnols exilés en France. J’en suis particulièrement touchée et je les en remercie. Ces guérilleros qui après avoir combattu trois années durant pour défendre la république espagnole démocratiquement élue en 1931, contre les troupes factieuses franquistes appuyées par les régimes fascistes européens, ont dû prendre le chemin de l’exil vers cette terre de France qui ne leur réservera pas l’accueil qu’ils pouvaient espérer. Pourtant, ils n’hésiteront pas à poursuivre leur difficile combat, au sacrifice souvent de leur vie et toujours d’une partie de celle-ci pour ceux qui survivront à l’exil, aux camps, aux maltraitances, aux humiliations, aux tortures, aux déportations. Non, ils n’hésiteront pas le moment venu, à s’évader des camps d’internement pour cimenter les réseaux de la Résistance, et mener leur lutte pour la sauvegarde de la liberté et de la démocratie en France et en Europe, contre le péril grandissant de la dictature fasciste incarnée par Hitler, Mussolini et leurs acolytes des pays de l’axe. Comme le mien, nombreux sont peut-être, nos pères ou nos mères qui ont sans doute pensé nous protéger en ne racontant pas les épisodes, évidemment terribles, évidemment horrifiants, et évidemment si souvent humiliants, qu’ils ont vécus et revécus tout au long de cette interminable période ! Période suivie par une post-libération qu’ils vont vivre dans la clandestinité ou la semiclandestinité, déçus par l’échec de la tentative de «Reconquista», oubliés, abandonnés par les pays libérés, voire persécutés par eux, descentes et perquisitions, arrestations et expulsions notamment lors de la rafle nommée « opération Boléro-Paprika» en septembre 1950 !… mais poursuivant leurs idéaux et leur combat avec toujours l’espoir au coeur de revoir un jour LEUR Espagne, libre, démocratique, affranchie du totalitarisme et de la terreur. Pourquoi ces gouvernements des pays alliés, alors libérés des dictatures fascistes, ont–ils oublié les mérites et les sacrifices des guérilleros espagnols qui ont pourtant payé un lourd tribut à leur victoire sur la bête immonde ? Pourquoi avoir abandonné l’Espagne et les espagnols au fascisme quand il eut été alors aisé d’achever le travail ? Nos pères et nos mères, après avoir tant donné, humiliés une fois de plus par ce nouvel abandon vont continuer leur combat, mais plus seuls encore ; Et dans leur volonté de dire, … mais de ne pas trop dire, dans leur difficulté à dire, que nous comprenons si bien, nous, enfants et petits-enfants avons pour certains manqué la marche. C’est ce sentiment qui m’anime aujourd’hui. Je m’en veux, de ne pas avoir questionné, de ne pas avoir fait parler comme j’aurai dû, et parce qu’il est trop tard aujourd’hui pour que je sache plus du difficile parcours de ce soldat, résistant, républicain espagnol qu’était mon père, resté toute sa vie durant fidèle à ses convictions et à ses idéaux, fidèle à l’espoir qu’un jour la légitimité républicaine s’imposerait au monde démocratique. Si c’est bien sûr vers lui que va ma pensée en cet instant, c’est aussi vers vous tous, ses compagnons, guérilleros espagnols et volontaires de toutes les résistances, connus et inconnus, qui ont partagé ce combat. Le moment vient où l’on ne peut que prendre conscience que, sous des préoccupations quelles qu’elles soient, de crainte, de volonté protectrice, de réconciliation, de transition, ou de je ne sais quoi d’autre, le non-dit ou le volontairement mal-dit des hommes, des états, des enseignements, de l’histoire, partout, dans tous les pays, débouchent dangereusement sur le détournement, l’enfouissement et l’oubli. Or l’oubli n’est assurément pas le garant de la Paix et de la Liberté ! Non, assurément non ! Il est bien au contraire, vital à tous les peuples de la planète de DIRE, ce vécu personnel, celui de toute une communauté nationale et internationale, il est vital d’exprimer haut et fort, de parler vrai, raconter, expliquer objectivement, assumer le bon et le mauvais, de rétablir l’histoire pour que précisément l’oubli ne puisse en aucun cas s’installer, pour que les générations qui vous suivent, vous les vétérans porteurs encore de cette mémoire vivante, puissent à leur tour la conserver et la diffuser, oeuvrant à tout instant pour éviter d’oublier. La nombreuse et prestigieuse assemblée réunie aujourd’hui à Prayols au pied du monument national aux guérilleros espagnols en France et l’hommage qu’elle leur rend, démontre que l’histoire reprend peu à peu sa place. La plaque commémorative offerte au Monument de Prayols par la Memòria Democràtica de Catalunya et à travers elle, par la Generalitat de Catalunya, est porteuse d’une grande espérance vers une reconnaissance méritée de tous ces sacrifices. Les blessures, si profondes, ne guérissent jamais, alors, que la mémoire collective de celles-ci puisse être transmise sans fin et qu’elle autorise à croire que le sacrifice de nos pères et de nos mères, comme de tous les défenseurs de la liberté dans le monde, jamais ne saura être vain ! Vous, Guérilleros Républicains espagnols, brigadistes de tous les pays, Résistants de la première à la dernière heure, vous, défenseurs des valeurs suprêmes, des droits de l’homme et de la liberté, je veux vous exprimer ici ma profonde admiration, mon immense respect et vous dire tout simplement Merci. Nous ne pouvons que souhaiter ne jamais plus avoir à mener les luttes qui ont été les vôtres, unis et solidaires devant l’adversité. Alors qu’ici ou là des populations en guerre vivant encore des calvaires comparables nous rappellent que la vigilance reste de mise. Pour tout cela engageons-nous à ne pas laisser s’éteindre la flamme que vous avez si fièrement et dignement portée, engageons-nous à perpétuer la mémoire, votre mémoire. Mes récentes rencontres, d’abord avec le travail fantastique que réalisent ceux, qui ont pris cet engagement bien avant moi, ont été déterminantes et je les remercie très chaleureusement, Charles Farreny et la richesse de sa merveilleuse «Espagne au coeur» (sur le net), Henri Farreny et ses conférences si efficacement documentées, Pepita Leon qui n’a pas eu à jouer longtemps de son talent de conviction, pour me décider à vous rejoindre et M. Narcis Falguera, vétéran, Président de l’Amicale, et le profond respect que m’inspire sa grande dignité. Deuxième, troisième ou 4ème génération, les anciens disparaissent et comptent sur nous, nous n’avons pas le droit de les décevoir ; C’est à nous aujourd’hui que revient le devoir de transmettre la vérité historique et de veiller à son respect le plus strict. Je vous remercie. Chantal Sémis |
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