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Permettez-moi pour commencer de remercier l’Amicale des Anciens Guérilleros FFI qui m’a proposé de dire quelques mots aujourd’hui devant ce monument national, élevé il y a 19 ans, à la mémoire des républicains espagnols qui ont lutté contre le fascisme et pour la liberté au cours de la Seconde Guerre Mondiale.Mon grand-père maternel aujourd’hui disparu, Rafael Del Bosque ainsi que mon père Enric, ici présent, et beaucoup d’entre vous Mesdames et Messieurs, étaient du nombre. A vous tous, hommes ou femmes, anciens soldats ou miliciens, anciens des Brigades Internationales, anciens internés des camps de la honte, anciens des Compagnies de Travailleurs, anciens déportés, résistants, combattants sans uniforme ou engagés volontaires, à vous tous, libérateurs d’une terre qui n’était pas la vôtre – et qui pour des milliers de vos compagnons est à jamais leur ultime linceul - il y a lieu de dire encore et encore notre immense gratitude, il y a lieu d’exprimer avec force tout le respect et la fierté que vous inspirez aux jeunes générations et parmi eux à vos enfants et petits-enfants. « C’est la faute à Voltaire » si, franchissant les Pyrénées, la lumière des grands idéaux de la Révolution française a fait naître chez nos voisins de légitimes aspirations. Les articles de la Constitution républicaine de 1931 en portent l’empreinte féconde : suffrage universel, séparation de l’Église et de l’État, école laïque gratuite et obligatoire. Avec des décennies d’avance sur bien d’autres pays, la deuxième République espagnole accordait le droit de vote aux femmes ainsi que le droit au divorce, elle instituait l’autonomie des régions, inscrivait sans réserve le droit à l’usage et à l’enseignement des langues régionales qui donnent à l’Espagne ses belles couleurs. Ces idéaux humanistes et républicains étaient profondément ancrés et ce n’est pas un hasard si, quelques années plus tard, en 1943, les trois premiers maquis de guérilleros espagnols qui se créent dans le département du Lot prennent pour nom : « Liberté », « République » et « Fraternité ». L’attachement de tout un peuple à ces valeurs universelles, la promesse d’une authentique réforme agraire, l’aspiration à plus de justice sociale, à la liberté et la démocratie tout simplement, provoquèrent alors en Espagne un bouillonnement politique et culturel sans précédent comme en connaissent tout naturellement les peuples quand ils secouent leurs anciens jougs pour s’en défaire et pour s’émanciper. Le 18 juillet 1936, les généraux félons se soulèvent contre le gouvernement légal de la République. Il faut beaucoup d’aveuglement, de mauvaise foi ou de mépris pour croire que le peuple espagnol va se soumettre, accepter docilement le rétablissement de l’ordre ancien. Activement soutenue par Hitler et Mussolini, la « croisade » impitoyable du général Franco plonge l’Espagne dans une sanglante guerre civile. Malgré son manque de moyens militaires, malgré la politique dite de « non intervention » - tâche indélébile sur la bonne conscience des démocraties occidentales d’alors - les républicains espagnols résistent et donnent à l’Histoire une admirable leçon de courage. Mais la partie est trop inégale, elle est finalement perdue. La dictature franquiste qui s’installe à Madrid abat alors sa chape de plomb, elle va durer près de quarante années. Chers amis, queridos amigos, Des combats de Madrid et de l’Ebre jusqu’à la Retirada, des barbares bombardements de Guernica ou de Barcelone jusqu’aux barbelés des camps de l’exil, la souffrance que vous avez endurée se conjugue au courage et à la dignité qui furent les vôtres quand, jetant toute rancune à la rivière, vous reprenez le combat contre les armées allemandes qui embrasent l’Europe et occupent la France. Animés par votre courage et vos convictions antifascistes acquises en Espagne, vous êtes présents et votre action est décisive dans de nombreux maquis, dans l’Aude, les Pyrénées Orientales, le Gers ou le Gard, dans 41 départements français au total, et en Ariège bien sûr où personne ne pourra jamais oublier l’action déterminante qui fut celle des guérilleros espagnols dans la libération de cette région. « C’est la faute à Hugo » enfin, si votre amour pour la Liberté et la patrie des Droits de l’Homme propulse de nombreux républicains espagnols en première ligne, dans les régiments du Tchad, sur les plages de débarquement ou dans l’avant-garde de la Division Leclerc qui libère Paris en août 1944, pour ne donner que quelques exemples.Je veux ici citer une anecdote rapportée par Pierre Bertaux, commissaire de la République à la Libération, alors qu’il accueillait le Général de Gaulle à Toulouse en 1944 : « Le chef du gouvernement provisoire de la République se fait présenter les principaux résistants de la contrée et échange quelques mots avec eux. Il demande à un robuste gaillard à l’accent rocailleux depuis quand il se bat contre les Allemands :Je vous remercie pour votre attention. A Prayols (Ariège), le 9 juin 2001 - Charles FARRENY |
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