|
«Voici ma
façon de fêter cette année le 14 avril : ma
mère, quelques années avant sa mort, avait jeté
sur des
feuilles de papier des souvenirs, de la République à sa
sortie de
Madrid en 1938. Je vous en transmets un fragment en espagnol (langue
dans laquelle elle les a écrits) et ma traduction en
français. Saludos republicanos.» Paloma.
|
![]() |
|
Recuerdos infantiles (fragmento) « El aire lleva esencia sutil de azahar ». Así dijo el
poeta. Así siento yo aún en mi pecho el 14 de abril de 1931.Tenía yo ocho años.
Cuando se proclamó
Prudencia Taravillo Hurtado
|
Madrid, 1937
Photo de maman et de mes grands-parents sur une terrasse à Madrid en 1937. Mon grand-père Pantaleon Taravillo Toledo, président
del gremio de albañiles de Madrid, commissaire politique, interné à
Argelès, puis à Bram ; ma grand-mère Angustias Hurtado Tapia y mi madre
Prudencia Taravillo Hurtado, née le 14 octobre 1922. |
|
Souvenirs
d’enfance (fragment) “Il flotte dans l’air un subtil parfum de fleur d’oranger”. Ainsi parla le poète. C’est ainsi que je ressens encore dans ma poitrine le 14 avril 1931. J’avais alors 8 ans. Quand on proclama la Républiqueen Espagne, le peuple avait voté et dit Non ! à Alphonse XIII ; ce dernier abdiqua et prit le chemin de l’exil. Tout se déroula sans effusion de sang, bien que l’année précédente il eut ordonné l’exécution de Galán y García Hernández pour s’être soulevés contre la monarchie. Ce roi représentait une aristocratie arrogante de tous ses privilèges, une bourgeoisie avide, des militaires factieux et un clergé aussi puissant que l’état. Le peuple, le 14 avril, sortit dans les rues de Madrid, exprimant sa joie. Une foule d'hommes, de femmes et d'enfants envahissait la Puerta del Sol, des clameurs de chants et de joie s’élevaient de toutes parts et de temps en temps, on entendait les cris de « Vive la République ! » On les entendait de très loin. Les tramways bondés de gens descendaient la rue Toledo semblables à des boites pleines de grappes de raisin de toutes les couleurs, mais ce qui ressortait le plus, c’étaient les drapeaux républicains rouge, jaune et mauve. Ce sont ces trois couleurs qui représentèrent et représentent encore, pour moi, ma patrie. De ces trois couleurs on me confectionna aussi ce jour-là une robe en papier ; je me promenai habillée ainsi toute l’après-midi. Ah ! Mais le soir elle était toute déchirée ; sa vie fut fragile et courte, comme celle de la République, qui commençait alors. Cette République qui commençait dans l’allégresse, comme nous allions la payer cher ! (…) Prudencia Taravillo Hurtado |
![]() |