| Espagne au Coeur |
| Le jour où la 2e République fut proclamée à Ségovie |
| Antonio Machado se souvient |
| Article publié dans LA VOZ DE ESPAÑA le 14 avril 1937 (jour anniversaire de la proclamation de la 2e République) |
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EL 14 DE ABRIL EN SEGOVIA Fue un día profundamente alegre – muchos que ya éramos viejos no recordábamos otro más alegre -, un día maravilloso en que la naturaleza y la historia parecían fundirse para vibrar juntas en el alma de los poetas y en los labios de los niños. Mi amigo Antonio Ballesteros y yo izamos en el Ayuntamiento la bandera tricolor. Se cantó La Marsellesa; sonaron los compases del Himno de Riego. La Internacional no había sonado todavía. Era muy legítimo nuestro regocijo. La República había venido por sus cabales, de un modo perfecto, como resultado de unas elecciones. Todo un régimen caía sin sangre, para asombro del mundo. Ni siquiera el crimen profético de un loco, que hubiera eliminado a un traidor (habla de Lerroux), turbó la paz en aquellas horas. La República salía de las urnas acabada y perfecta, como Minerva de la cabeza de Júpiter.
Desde aquel día –no sé si vivido o soñado- hasta el día de hoy, en que vivimos demasiado despiertos y nada soñadores, han transcurrido seis años repletos de realidades que pudieran estar en la memoria de todos. Sobre esos seis años escribirán los historiadores del porvenir muchos miles de páginas, algunas de las cuales, acaso, merecerán leerse. Entre tanto, yo los resumiría con unas pocas palabras. Unos cuantos hombres honrados, que llegaban al poder sin haberlo deseado, acaso sin haberlo esperado siquiera, pero obedientes a la voluntad progresiva de la nación, tuvieron la insólita y genial ocurrencia de legislar atenidos a normas estrictamente morales, de gobernar en el sentido esencial de la historia, que es del porvenir. Para estos hombres eran sagradas las más justas y legítimas aspiraciones del pueblo; contra ellas no se podía gobernar, porque el satisfacerlas era precisamente la más honda razón de ser de todo gobierno. Y estos hombres, nada revolucionarios, llenos de respeto, mesura y tolerancia, ni atropellaron ningún derecho ni desertaron de ninguno de sus deberes. Tal fue, a grandes rasgos, la segunda gloriosa República española, que terminó, a mi juicio, con la disolución de las Cortes Constituyentes. Destaquemos este claro nombre representativo: Manuel Azaña. Antonio Machado |
LE
14 AVRIL 1931 A SEGOVIE
Ce fut un jour profondément heureux - beaucoup de ceux qui étions déjà âgés nous ne n'avions pas le souvenir d'un autre plus heureux -, un jour admirable où la nature et l'histoire semblaient s'être mêlées pour vibrer ensemble dans l'âme des poètes et sur les lèvres des enfants. Avec mon ami
Antonio Ballesteros nous hissâmes le drapeau tricolore sur la
façade de la Mairie. On chanta la Marseillaise et
aussi l'Himno
de Riego. Quant
à l'Internationale
on ne l'entendit pas encore ce jour-là. Notre joie
était parfaitement fondée. La
République était advenue par elle-même,
comme conséquence logique des élections. Tout
un régime s'effondrait sans qu'aucun sang ne soit
versé, à la face d'un
monde étonné. Rien, pas même
le
crime prophétique d'un fou, qui aurait supprimé
un traître (il
songe à Lerroux) ne troubla la paix de ces
heures. La
République naissait des urnes, achevée et
parfaite, comme Minerve de la
tête de Jupiter.
C'est ainsi que je me souviens du 14 avril 1931. Depuis ce jour -
je ne sais s'il fut vécu ou bien rêvé -
jusqu'à présent, où nous vivons
beaucoup trop éveillés et absolument pas
rêveurs, six années ont passé, pleines
des événements gravés en nos
mémoires. Sur ces six années, les historiens du
futur écriront des milliers de pages, parmi elles
certaines mériteront sans doute d'être lues. Pour
ma part, je les résumerais en peu de mots.
Quelques hommes honorables, arrivant au pouvoir sans l'avoir
souhaité, peut-être même sans l'avoir
espéré, obéissants cependant
à la volonté de progrès de la nation,
eurent l'intelligence, inhabituelle et brillante, de
légiférer conformément à
des normes strictement morales, de gouverner dans le bon sens de
l'histoire, qui est celui de l'avenir. Pour ces hommes-là,
les aspirations du peuple, justes et légitimes,
étaient sacrées ; contre
celles-ci on ne pouvait pas gouverner ; les satisfaire était
précisément la plus profonde raison
d'être d'un
gouvernement. Et ces hommes, en rien révolutionnaires,
pétris simplement de
respect, mesure et tolérance, ne portèrent atteinte
à aucun droit tout en ne renonçant à aucun
de leurs devoirs. Telle fut, dans
les grandes
lignes, la seconde et glorieuse République espagnole, qui
s'acheva, à
mon avis, avec la dissolution des Cours Constituantes. Un
nom emblématique et clair s'en détache
: Manuel Azaña.
Antonio Machado (Modeste traduction : Charles Farreny)
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