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Brigades internationales : la liberté guidait leurs pas
 
Qui étaient-ils ? 
Dès juillet 1936, la résonance internationale du fait espagnol s'était révélée. De nombreux individus, tempéraments révolutionnaires ou victimes du fascisme, voulurent participer au combat espagnol, perçu soit comme une révolution (Orwell, Simone Weil), soit comme une résistance (les Rosselli, de Rosa, Ludwig Renn). Il y eut des étrangers (voire des unités étrangères) dans les milices de toute couleur (juillet-août). Parmi ces combattants de la première heure, beaucoup (non tous) rejoignirent un peu plus tard les "Brigades internationales", rassemblées à l'appel d'organisations diverses, mais sous l'influence dominante de l'Internationale communiste, et où affluèrent du monde entier - soixante-dix nationalités y furent représentées - des combattants volontaires, par des voies souvent difficiles (Allemagne, Italie, Europe centrale...). 
[Source : La Guerre d'Espagne - Pierre Vilar - P.U.F. 1986] 
BRIGADES INTERNATIONALES
Ils avaient l'Espagne au cœur
Un article de Piedad Belmonte paru dans "L'Elu d'Aujourd'hui" 
Le 18 juillet 1936, l'Espagne républicaine est en guerre contre le fascisme. La France et l'Angleterre n'interviennent pas dans le conflit alors que l'Allemagne et l'Italie ne s'en privent pas. Des hommes et des femmes affluent du monde entier pour se battre aux côtés de leurs frères espagnols.   
Français, Tchèques, Américains, Italiens, Allemands, Cubains... Ils sont venus du monde entier, en octobre 19361, défendre la République espagnole, attaquée par les troupes franquistes, les armées hitlériennes et mussoliniennes. Ils ont tout quitté, laissant derrière eux : travail, femmes et enfants, parents, frères et sœurs.  
Qui étaient-ils ? Des intellectuels, des médecins, des travailleurs, des socialistes, des communistes, des anarchistes, des sans-parti, des antifascistes. Quelles étaient leurs motivations ? Certains haïssaient le fascisme, d'autres voulaient en découdre en faisant la guerre ; la plupart s'engageaient par internationalisme et solidarité. Ils avaient soif de liberté, conscients qu'en défendant l'Espagne ils protégeaient leur propre pays.
Vincenzo Tonelli, 84 ans, Italien du Frioul, avait 20 ans quand il décida, avec son meilleur copain, de partir en Espagne. « A l'école, j'ai toujours refusé de m'inscrire à la jeunesse mussolinienne Ballila. J'étais relégué au fond de la classe ». Un jour, après une bonne correction infligée par son entraîneur de football, également secrétaire régional du parti fasciste, Vincenzo, le révolté, décide de ne plus retourner à l'école. Son père, immigré en France, va le chercher. 
Vincenzo a quatorze ans quand il arrive à Paris. Il devient maçon comme son père, mais connaît l'inactivité en raison de la loi des 10 % (adoptée sous le gouvernement de Laval) qui préconise 10 étrangers pour 100 Français sur un chantier. Son père retourne en Italie, Vincenzo part à Toulouse. Il fait la connaissance d'ouvriers italiens dans un restaurant. Le « patron » lui offre le couvert en attendant qu'il trouve du travail. Les discussions politiques vont bon train avec l'Espagne comme sujet principal.  
On est parti ensemble 
Vincenzo est inscrit aux jeunesses communistes depuis 1934. « Dans le Parti, on demandait des volontaires, des hommes qui puissent aller combattre en Espagne. J'étais avec mon meilleur ami. On a décidé de partir ensemble ». Pour Charles Cerny, 88 ans, Tchèque de Lysa, l'engagement s'est fait presque de manière involontaire. « J'étais au Parti communiste tchèque. Il m'avait chargé de rechercher deux volontaires pour aller en Espagne. J'en ai trouvé un. Comme je n'ai pas trouvé le deuxième, je suis parti. J'avais 25 ans ». 
Guillermo Rodriguez, 85 ans, Madrilène, garde de son enfance, des souvenirs d'humiliation. « J'étais fils naturel avant la République. Les écoles m'étaient interdites. C'est seulement sous la République que mon père a pu me reconnaître ». Elevée dans un couvent, sa mère lui apprendra à lire et à écrire. Tout jeune, il tenait un journal et lisait beaucoup. Il parvient ainsi à se forger sa propre opinion. A 15 ans, il adhère aux jeunesses socialistes. Il a 21 ans lorsque le conflit éclate. Délaissant son travail dans un magasin de vins, il part au front avec la CNT. 
C'est à Aguadilla del Monte, à 30 kilomètres de la capitale, qu'il fait la connaissance des premiers internationaux : des Français et des Allemands. « J'ai passé deux jours avec eux. Nous ne savions pas faire la guerre, eux si. Ils creusaient leurs trous pour se protéger. Nous, nous prenions quelques branches de chêne et nous nous abritions derrière. J'ai appris avec eux comment faire la guerre. Vingt-quatre heures après, mon unité me récupère, je perds alors le contact ».  
Camaraderie et solidarité 
Il a l'occasion, lors d'une permission, de visiter la caserne de la Brigade franco-belge André Marty. « J'y ai trouvé l'ambiance qui me plaisait, l'esprit de camaraderie et de solidarité. Et, sans autorisation, au lieu de rejoindre mes camarades à Cuenca, je me suis incorporé volontairement, en mars 1937, dans le bataillon André Marty. Nous étions tous des antifascistes, toutes idéologies, toutes origines sociales et tous horizons confondus. Il y avait même un catholique ». Comment se rendent-ils en Espagne ? Vincenzo voyage jusqu'à Perpignan. En septembre 1936, en compagnie d'un groupe, il traverse les Pyrénées à pied. De Figueras, il est emmené à Albacete. 
Charles passe par l'Allemagne pour arriver à Paris. Là, il doit apprendre une adresse par cœur. Un taxi le conduit dans un centre où l'on regroupe les Brigadistes, « avenue Mathurin-Moreau », se remémore-t-il. Il prend un train spécial pour Perpignan, le 8 janvier 1937. Il y passe la visite médicale. L'après-midi, un autocar l'emporte à Figueras. Le lendemain, il part pour Barcelone où a lieu un défilé en l'honneur des Brigades internationales. Le soir, Albacete l'attend. Cette ville, située à une centaine de kilomètres de Valence, accueille, dès octobre 1936, les premiers groupes de volontaires. 
C'est ici que ces hommes, sans aucune expérience militaire, apprendront le maniement des armes. Le commandement est assuré par les expérimentés de la guerre de 1914-1918. Outre la réception des futurs combattants, la base se charge du matériel, de l'instruction et de la formation des unités nouvelles. Vincenzo intègre la IIIe compagnie de la Brigade Garibaldi (composée de 500 Italiens et de Toulousains originaires d'Espagne), Charles se joint au bataillon Dimitrov (composé de Tchèques et d'Anglais) 2. 
La haine antifasciste 
« Quand ils m'ont donné une arme, j'ai eu la chair de poule », raconte Vincenzo Tonelli. La peur sera présente pendant toute la guerre. « C'était tuer ou se faire tuer ». Giuliani Armelino, le meilleur ami de Vincenzo, meurt, d'une balle dans le ventre, dès le premier combat au Cerro de Los Angeles (Madrid) sans avoir tiré un seul coup de feu. Il n'a que 21 ans. D'autres tomberont. Mais, l'Homme ne s'habitue pas à l'horreur. « Je suis parti pour l'Espagne avec une haine antifasciste. La haine a continué avec la mort de mes camarades de combat. J'avais alors une idée de vengeance et de liberté ». 
Huesca (juin 1937) est le front qui a le plus impressionné Vincenzo. « C'est une bataille dont je me souviens bien parce que nous avons été trahis. Nous y avons perdu un général hongrois, Lukacs3. Nous étions sur un terrain nu. L'ennemi était en face. La chaleur était terrible. Nous arrachions les racines d'herbe pour vaincre la soif. Le soir venu, nous avons ramassé les corps des camarades, les têtes pendaient d'une charrette pleine ». Après ce combat, le refus du grade de lieutenant lui vaut huit jours de prison et la vie sauve. Il aurait pu être fusillé, car un militaire ne doit pas refuser une distinction. 
A Guadalajara (mars 1937), l'armée du Duce aligne 35 000 soldats. « Nous étions honorés de combattre le fascisme italien directement ». Les Garibaldiens mettent à profit un temps de répit pour les inciter à la défection au moyen de haut-parleurs. Fait prisonnier, un jeune capitaine confiera qu'il ne s'attendait pas à trouver d'autres Italiens dans le camp adverse. « Cela a démoralisé une grosse partie des troupes mussoliniennes. Si nous avions eu une armée de réserve, nous les aurions jetés à la mer ».  
Cent cadavres dans un pré
Jarama (février 1937) est le premier combat et le premier choc de Charles Cerny. « On avançait, on se repliait. On creusait des tranchées. Il y avait beaucoup de morts et de blessés. Le jour il faisait très chaud et la nuit très froid. On n'avait rien pour se couvrir. On se serrait, en grelottant, les uns contre les autres ». Le lendemain, il découvre, derrière une grande maison blanche, plus de 100 cadavres couchés dans un pré. L'émotion est intense. « Au bout du deuxième jour, 60 chars républicains sont arrivés, ce qui nous a sauvés ». Guillermo Rodriguez explique qu'après cette bataille les bataillons des milices ont été incorporés d'office dans les Brigades internationales pour compenser les pertes humaines qui s'étaient produites dans leurs rangs. 
Vincenzo, Charles et Guillermo seront de tous les fronts. Les trois ont connu des blessures par balles. Les blessés passaient leur convalescence à Benicassim, une station balnéaire sur la côte méditérranéenne. Les opérations avaient lieu dans différents hôpitaux espagnols. A Teruel, Charles est témoin de la mort en direct. « Nous étions à l'abri sur un petit talus. À côté de moi, il y avait un jeune de 17 ans qui levait souvent la tête, alors que le commandant lui donnait l'ordre de se coucher. A un moment donné, sa tête est tombée contre mon bras. J'ai senti quelque chose de chaud sur mon épaule, une balle lui avait transpercé la tête ». 
L'Ebro (juillet 1938), l'une des plus atroces batailles, fait perdre à la Brigade Garibaldi 80 % de ses hommes. Vincenzo se souvient : « C'était un combat de vie ou de mort avec l'alternance de bombes à main, de baïonnettes, de positions lâchées puis reprises, l'aviation qui mitraillait et lâchait des bombes ».  
Le combat à la pelle 
Guillermo précise : « Les brigades y étaient mixtes, les Espagnols participaient au combat aux côtés des internationaux. En face, ils avaient un armement formidable. Au lever du jour, un avion passait au-dessus de nos positions. L'aviation et l'artillerie s'y concentraient. Nous, nous attendions dans nos trous l'arrêt de l'artillerie et qu'ils s'approchent au maximum pour faire feu. Quelques fois nous nous retrouvions nez à nez avec l'ennemi. J'avais un pistolet avec cinq cartouches, que pouvais-je faire avec ça ? Alors je portais un coup de pelle ou de machette jusqu'au moment où l'un des deux était délogé ou se repliait ». 
Ce qui a le plus marqué Guillermo : « La solidarité, les camarades se sacrifiaient pour évacuer les blessés. Tu savais que tu n'étais pas tout seul, que tu avais quelqu'un à côté de toi ». En septembre 1938, le président Negrin donne l'ordre de retrait aux Brigadistes internationaux. Le 28 octobre 1938, un dernier hommage vibrant leur est rendu à Barcelone.  
Piedad Belmonte 
1. Le décret officiel de la création des Brigades internationales date du 22 octobre 1936. 
2. Une brigade était subdivisée en bataillons composés de compagnies. 
3. Paul Lukacs était l'écrivain Maté Zalka. Ces trois informations sont parues dans L'espoir guidait leurs pas, Rémy Skoutelsky. Grasset. 1998
 
Les Brigades Internationales

XIe
1er bataillon Edgar André (allemands) 
2e bataillon Commune de Paris (franco-belges) 
3e bataillon Dombrowski (polonais, hongrois et tchèques) 
Autres bataillons de la XIe :  
Hans-Beimler (allemands) 
Douze-Février (autrichiens) 

XIIe
1er bataillon Thaelmann (allemands) 
2e bataillon Garibaldi (italiens) 
3e bataillon André Marty (franco-belges) 

XIIIe
1er bataillon Louise Michel (franco-belge) 
2e bataillon Tchapaiev (balkans) 
3e bataillon Henri Vuillemin (français) 
4e bataillon Miskiewicz Palafox (polonais, slaves) 

XIVe
1er bataillon Nueve Naciones 
2e bataillon Domingo Germinal (espagnols) 
3e bataillon Henri Barbusse (français) 
4e bataillon Pierre Brachet (français, belges) 

XVe
1er bataillon Dimitrov (balkans, polonais, tchèques) 
2e bataillon (britanniques) 
3e bataillon Abraham Lincoln (nord américains) 
4e bataillon Six Février (français, belges) 
Bataillon Mackenzie-Papineau (canadiens) 
Spanish Bataillon (sud américains) 
Bataillon George-Washington (nord-américains) 

150e
1er bataillon Rakosi (hongrois) 

129e
1er bataillon Magaryk (tchécoslovaques)) 
2e bataillon Dayachovitch (bulgares)
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