|
|
|
|
Maçon, parce qu’à Toulouse on n’embauchait pas de manoeuvre et qu’il a demandé d’essayer. C’est un autobus qui les amène à Perpignan. Ils sont peut-être trente. Il y a aussi Armelino. « A Perpignan, on nous a fait dormir dans un garage. D’autres groupes se joignent à nous. Le lendemain nous nous retrouvons au pied des Pyrénées ». C’est la marche, de nuit. Arrivent à Figueras. Sont conduits jusqu'à Albacete. On est en octobre 1936... En novembre, c’est vers Madrid qu’ils roulent. Vers une forteresse qui domine la ville, Cerro de los Angeles. Premier accrochage. « C’est là que j’ai laissé mon camarade. Armelino est mort sans avoir tiré un coup de fusil ». Là, ils sont encore le Bataillon Garibaldi, celui qui aura le numéro 3 dans la Brigade. Ils sont quelques 500. « Nous avions encore des tenues disparates ». Seulement, pour tous, le foulard rouge noué. Vincenzo est à la mitrailleuse, une Maxim, une russe. Ils restent autour de Madrid : Casa de Campo, le Pont des Français... « Il pleuvait... Il pleuvait... Je me suis dit que si je sortais de là, je ne mourrai jamais ». Il parle de ce soir-là où ils ont voulu souffler un peu dans une maison à moitié détruite. « Quelqu’un entend parler arabe. Il y avait déjà des Maures. Nous avons passé la nuit à les déloger ». Pour le repos, c’est la Puerta del Sol, à deux pas de la ligne de feu. Les belles madrilènes passent en calèche. Et, lorsqu’ils défilent, les fleurs qu’on leur jette, les baisers qu’on leur envoie. Chez eux, il y a Toni qui joue de l’accordéon. Ils sont, maintenant, la XIIe Brigade, la Brigade Garibaldi. Ils sont environ 3000. « On nous avait adjoint des espagnols. Il y avait de tout monde, ici : des communistes, des socialistes, des républicains... Je me souviens d’un anarchiste qui, après les événements du 1er Mai 1937 à Barcelone, a rejoint le POUM. Il y avait des gars de tous âges. L’ambiance était bonne, même gaie. Pas de différences entre nous : l’ennemi était commun ». C’est une vaste et plate friche, ici, de cailloux et d’argile. C’est Guadalajara. Les ennemis se cherchent. Les « chemises noires » ont des automitrailleuses. Les « foulards rouges » ont leurs fusils et, Vincenzo, sa mitrailleuse. Il pleut, il neige parfois, aussi. La boue colle. « Du rocher : impossible de creuser des trous. Rien pour se protéger. Sauf les pierres ». Et Vincenzo ajoute : « Mais de savoir que nous affrontions les troupes de Mussolini, ça nous survoltait. Nous nous sommes mis en ligne et nous les avons attendus ». Une première fois, ils repoussent les autres. Et ce sera ainsi durant cinq jours. « Chaque matin, ils bombardaient. Puis ils avançaient. On les repoussait ». Il y a des désertions dans le camp des « chemises noires ». Vincenzo Tonelli se souvient d’un pilote. « Ils l’ont repris plus tard. Ils lui ont coupé le cou. Ils ont mis sa tête dans un sac. Et ils l’ont jetée, depuis un avion, sur nos lignes ». Et, du côté de la Brigade, on a installé des haut-parleurs qui diffusent, en italien, vers les autres : « Qu’est-ce que vous venez faire, ici, à combattre le peuple espagnol ? » Vincenzo croit : « Ça a eu un grand effet psychologique. Un prisonnier m’a avoué que, lorsqu’il avait entendu cette voix italienne, les bras lui en étaient tombés ». Au septième jour, Vincenzo devine comme un grondement derrière lui. Des chars, des chars russes... « Alors, nous nous sommes levés et nous sommes passés à l’attaque. Chez eux, ça a été la débandade. Si on avait eu les moyens, on pouvait les pousser jusqu'à la mer... ». La Brigade récupère tout des troupes de Mussolini : des camions, des armes, des toiles de tente, des cigarettes, du savon... Et des prisonniers. « Quatre ou cinq jours après, on en trouvait encore qui se cachaient dans les fourrages ». Mais Vincenzo Tonelli, surtout, veut dire ceci : « Eux, lorsqu’ils étaient blessés, nous les soignions comme les nôtres ». |
|
|