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Carcassonne,
21 février 2004
H O M M A G E
Bien que cette manifestation soit empreinte de tristesse,
car elle est associée au souvenir de personnes disparues dans de
tragiques circonstances, nous sommes très heureux de l'hommage qui
leur est rendu aujourd'hui, en faisant sortir de l'ombre leurs noms jusqu'ici
oubliés.
Je voudrais vous parler d'une de ces
personnes, ma grand-mère, Aurora Fernandez Barredo, et du combat
que nous menons depuis plusieurs années pour honorer sa mémoire.
Ma mère s'est
retrouvée orpheline à l'âge de 2 ans dans le camp
de réfugiés de Bram, sans rien connaître de sa famille
et de ses racines. Dans son malheur, elle a eu la chance d'être recueillie
par une famille française du Tarn-et-Garonne, qui l'a élevée
comme sa propre fille, et grâce à qui elle a eu une enfance
très heureuse.
Nous faisons des
recherches depuis plusieurs années sur notre famille espagnole,
et malgré le peu d'éléments que nous avions, nous
avons quand même réussi à trouver quelques bribes
d'informations.
Ma grand-mère, Aurora, est née
à Villaviciosa, dans les Asturies, en 1914. Nous ne savons rien
de sa vie avant la guerre civile, car les témoins ne sont plus là.
Son exode aurait commencé en 1937; elle aurait été
évacuée des Asturies par bateau jusqu'en France, pour ensuite
se réfugier à Barcelone, où ma mère est née
en 1938. Elles auraient quitté Barcelone en 1939, lors de la Retirada,
pour venir en France. Elles ont d'abord rejoint le camp de réfugiés
de Péronne, dans la Somme, qu'elles ont pu quitter parce que ma grand-mère
avait trouvé du travail dans une localité des environs. Lorsque
les Allemands ont envahi le nord de la France en mai 40, elles ont de nouveau
repris la route; elles sont passées par le camp d'Argelès
pour se retrouver ensuite au camp de Bram, près de Carcassonne, où
ma grand-mère est décédée de maladie, à
l'âge de 26 ans, après 3 années d'exode, loin des
siens et de sa terre natale.
Le destin de ma grand-mère
est resté dans l'ombre pendant plus de 60 ans, jusqu'à ce
que ma mère fasse des recherches sur sa famille. Cela nous a ramené
au lieu de naissance de ma grand-mère, avec une magnifique surprise,
puisque nous avons découvert que ma mère avait une demi-soeur,
que ma grand-mère avait confiée à ses parents avant
de commencer son exode. C'est une immense joie d'avoir pu agrandir notre
famille, et d'apporter un peu de chaleur dans cette triste histoire.
Grâce à des recherches effectuées
dans les Archives départementales de Carcassonne, nous avons
également pu retrouver une famille de réfugiés qui
vit en Andalousie, et qui avait pris en charge ma mère quand elle
s'est retrouvée orpheline. Nous sommes allés les voir il y
a deux ans et cela a été également un moment très
fort.
Notre combat pour retrouver
cette Mémoire familiale est loin d'être terminé car
nous recherchons notre grand-père, disparu en Espagne pendant la
guerre civile, et dont nous savons seulement qu'il s'appelle Angel Garcia.
Voici en quelques
mots une partie de l'histoire de ma famille, et je voudrais maintenant
remercier les personnes qui nous ont permis de nous retrouver aujourd'hui,
et plus spécialement Mme Bonet qui est à l'origine de cet
hommage. Du fond du coeur, un grand Merci à elle ainsi qu'aux membres
de l'association F.R.E. 39. Je voudrais également remercier Mr le
Maire qui a permis l'installation de cette stèle qui représente
beaucoup pour nous, car elle est une petite lumière sur le destin
tragique de nos parents qui se sont battus pour un idéal de liberté
et dont la vie a été bouleversée par le cours de l'Histoire.
Encore Merci à vous tous pour cet
hommage qui contribue au Devoir de Mémoire qui nous anime.
Sylvie FABIA
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