Stanbrook, bateau mythique
Nashville,
Tennessee, États-Unis d’Amérique
20
janvier 2007
En
cette fin d’année 2006, j’emprunte
à la Central Library de l’université
Vanderbilt (Nashville, Tennessee), une partie de
l’œuvre de Max Aub, Campo de los almendros, Campo
francés. Campo de los almendros,
en deux éditions, l’une de 2000, dans la
collection Clásicos Castalia, Madrid, avec une
très longue introduction (95 pages) de Francisco Caudet
(édition FC), et l’autre de 1981, aux Ediciones
Alfaguara, Madrid. Parvenu à la page 380, je lis :
« La muerte ya no le impresiona ; sí la gente
apiñada allá enfrente que va subiendo, lentamente
en el Stambrook.
¿Cómo van a caber todos ? ».
Est-ce
bien Stambrook
qu’il faut lire ? Je prends l’édition de
1981, et à la page 250, je retrouve bien mot pour mot :
« sí la gente apiñada
allá enfrente que va subiendo, lentamente en el Stambrook.
». Toujours à portée de la main, pour
ainsi dire un ouvrage devenu livre de chevet, Républicains
espagnols en Midi-Pyrénées, Exil,
Histoire et Mémoire, le livre initié par
l’ami José Jornet, à Toulouse, dans sa
nouvelle édition, de 2005, revue et augmentée :
je vais aux pages de l’index et à la lettre S, Stanbrook (bateau),
204. Je vais à la page indiquée : « Le Stanbrook, un
bateau mythique pour toute une génération de
républicains espagnols, parvient à lever
l’ancre le 29 mars avec à son bord plus de 3 000
personnes ». C’est bien cela : le
récit de Max Aub, parle du «28 de marzo
» (de 1939) : voir note 182, p.375 de
l’édition FC, alors que le bateau est encore
à quai, avec les personnes qui embarquent : 3 000 :
« ¿Cómo
van a caber todos ? ». Max Aub avait vu juste,
mais le M de Stambrook
que faut-il en penser, par rapport au N de Stanbrook dans Républicains espagnols
de 2005 ? 
À la page 205 (on n’en finit pas de
découvrir détail après
détail dans l’ouvrage de 2005,
acquérant ainsi une très grande signification
pour ceux de la deuxième génération),
il y a une photo du cargo à vapeur qui devait emporter
«3 000» espagnols, « les sauvant ainsi
des pelotons d’exécution et dans le meilleur des
cas des geôles franquistes »: toujours
page 204 de l’ouvrage Républicains
espagnols en Midi-Pyrénées. En
même temps, page 205, la photo du cargo, avec une
véritable grappe humaine à son bord, penchant
dangereusement du côté du quai, au point que
l’on peut encore se demander comment il put franchir la
Méditerranée, ce «…Stanbrook,
l’un des derniers bateaux ayant pu appareiller pour
l’Algérie sauvant ainsi des milliers de
républicains espagnols avant l’arrivée
des franquistes.», comme le dit la
légende de la photo, provenant des Archives Eugenio Banon,
Fondation Pablo Iglesias. Près de
l’énorme ancre, déjà
levée, le nom du bateau, en lettres majuscules : STANBROOK :
pour s’en assurer, une loupe qui fait bien voir le N central.
Oui, le Stanbrook
! Le chapitre, « L’idéal
socialiste et républicain en exil : Rodolfo Llopis
(1895-1983)», de Bruno Vargas (Maître
de Conférences de l’Université
d’Avignon), est juste : le Stanbrook, bateau
mythique … ce que reproduit bien l’index, celui-ci
devant être considéré comme une
tentative pour figer le vocabulaire autour de
l’historiographie de l’exil républicain
espagnol. Ma rêverie, débutée avec la
lecture de Max Aub, se plaît à imaginer, un index
(appelons-le index central pour utiliser une appellation
maxjacobienne), qui réunirait tous les index
d’ouvrages sur l’exil républicain
espagnol en un seul, et qui serait constamment la somme de toute notre
connaissance,… rêverie, à remettre
à plus tard.
Mais
ce Stanbrook
qui était-il au fait ?
La marine britannique aime
à ce point ses vaisseaux qu’elle leur attribue le
pronom féminin de she : elle, en parlant d’un
bateau! Un bateau, comme une femme aimée! Les outils
modernes de l’information sont là : Internet.
Je choisis l’un des réseaux de recherche
et tape (sûr de mon affaire) : StaNbrook et non StaMbrook. Le
mot-clé s’ouvre sur :
http://ubootwaffe.net/boat.cgi?/boat=57;nr=52
(Kriegsmarine and U-Boat history)
où il
est dit (histoire vue du côté des archives
militaires allemandes) :
STANBROOK
Tonnage : 1 383
Type : cargo à vapeur
Nationalité :
britannique
Construit en : 1909
Parcours : Antwerp 18 Nov 1939
à destination de The Tyne
Cargaison: lest
Victimes : 21 membres
d’équipage disparus ?
Attaquant : U 57
Date : 19.11.1939
Heure
: 2h13
Attaque par : torpille
Localisation : carré
AN87
Position : Antwerp/Tyne
Si
l’on a un peu plus de curiosité on peut
accéder, grâce à «grid
squares here» [il faut juste cliquer], à la
position du cargo avant sa disparition, le programme traduisant
l’information, carré AN87, en termes plus
familiers de latitude et de longitude, ce qui donne (approximativement,
nous avertit-on!) : 51°27’00’’N
02°45’00’’E). À vos
cartes : que le monde est grand à la lueur d’une
lampe! Et on peut même connaître la liste de toutes
les victimes (des «elles» de la marine britannique
et autres) du sous-marin Nazi, U-boot U57. Le Stanbrook y
apparaît en deuxième position :
KAUNAS
STANBROOK
MINA
FOXEN
MIRANDA
DURHAM CASTLE
GRETAFIELD
LOCH MADDY
DAGHESTAN
O.A.BRODIN
MANIPUR
ATOS
SAINT
DUNSTAN
CUMBERLAND
HAVILDAR
PECTEN
Dans
cette rêverie de fin d’année qui fut la
mienne, pensant au cargo à vapeur qui vint
s’amarrer dans le port d’Alicante [28 de marzo de
1939] : « El
barco pasa entre los muelles, tuerce algo a la derecha, en la
dársena exterior, y enfila hacia la mar abierta.
Asunción se acerca a la farola, mira el puerto, la ciudad,
la mole tostada del Castillo. Se acoda en unas cajas. La muerte ya no
le impresiona ; sí la gente apiñada
allá enfrente que va subiendo, lentamente en el Stambrook.¿Cómo
van a caber todos ? », j’en viens
à imaginer deux garçons, des enfants encore,
l’un de dix à onze ans ( ?), l’autre de
sept ans, deux frères, tenus par la main de leur
mère. Ils vont faire la traversée
jusqu’en Algérie, à bord du Stanbrook, laissant
l’Espagne de leur enfance derrière eux. Ma
rêverie se plaît à imaginer
l’un des enfants, le plus jeune, traçant quelque
chose sur la paroi de la cale du cargo: un dessin d’enfant.
Ce dessin aura coulé, avec l’équipage
du Stanbrook,
par une nuit glaciale, en mer du Nord, le 19 novembre 1939, et
gît par le fond, à la latitude
51°27’00’’nord et à la
longitude 02°45’00’’est.
Pour tout
dire, une interrogation internet avec le mot-clé StaMbrook ne donne
rien, concernant le «bateau mythique»!
Cette
rêverie est dédiée à la
mémoire de Carlos Pradal, peintre,
qui fut mon ami pendant
nos années toulousaines.
Joseph
Parello, Ph.D.
Fils
de Républicains espagnols
Visiting
Professor of Pharmacology
Vanderbilt
University School of Medicine - Department
of Pharmacology
467
Robinson Research Building - Nashville,
TN 37232-6600, USA
e-mail:
Joseph.Parello@vanderbilt.edu - Joseph.Parello@wanadoo.fr
|
| Plusd'infos sur le Stanbrook, ici |
|
ADDENDUM
Comme pour toute rêverie, la réalité peut en différer :
je dirai sur la forme, dans ce cas precis, mais pas sur le contenu. Le
30/01/07 (19h59 tres precisement, internet oblige), l'ami Ferdinand
Pradal, m'écrivait en réponse à mon précédent message "un saludo desde
los EE.UU.", ce qui suit :
Querido Josep ,
Me
ha parecido estupendo tu estudio sobre el Stanbrook. Corriendo el
riesgo de decepcionarte, te diré que nosotros salimos de Alicante el
dia 12 de Marzo en el barco inglés llamado RONWYN ,abarrotado , gente
apretada, sin entender lo que decian los marinos .Ademas , para la
historia , constara que mi hermana Clotilde también estaba con nosotros
y se ocupo de mi madre, ya enferma y tan preocupada . Esto se lo conté
a Antonio Soriano cuando me pidio que participara en el libro "éxodos"
publicado en 1987 .
No sé lo que seria de nuestro barco, quizas puedas tu encontrar su historia durante la guerra .
Eres
un verdadero amigo y tu amistad para Carlos es un testimonio de tu
fidelidad, poco frecuente en nuestro sistema de " valeurs"
Un abrazo de Fernando.
Apres
avoir consulté l'internet avec le mot-clé "Ronwyn",
j'avais aussitôt répondu à Ferdinand Pradal
(30/01/07 a 21h16) :
Querido Fernando,
El
buque Ronwyn tambien yace en el fondo del mar (y tambien el dibujo que
imagine del pintor de siete anos!). .....Tu amigo, Josep
Aqui algunos detalles sobre el buque Ronwyn :
Re: German HOCHHEIMER
Posted by: Ron Young (IP Logged)
Date: April 18, 2006 01:14PM
Built as LORD RHONDDA
1928 renamed OTTINGE
1937 renamed TINGE
In 1938 renamed RONWYN by Dillwyn SS. Co., Ltd. (Stockwood, Rees & Co.), Swansea
Abandoned damaged at Rochefort, 18 June 1940, repaired by German salvors, commissioned May 1943
In 1943 renamed HOCHHEIMER by Deutsches Reich (Lübeck-Wyburger Dampfs. Ges., Lübeck, mgrs.)
Torpedoed and sunk by HMS SCEPTRE on 21 May 1944, 1 mile north of Cabo Machichaco, east of Bilbao |
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