Zapatero veut "dépolitiser" la basilique de Franco
Par Elodie Cuzin, journaliste (article publié le 25-10-2007 sur Rue89 http://www.rue89.com )
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(De Madrid) C’est le plus spectaculaire vestige du franquisme. Une gigantesque croix domine de ses 150 mètres la tombe de Franco, exposée au fond d’une lugubre abbaye creusée à même la roche, dans le Valle de los Caídos, près de Madrid. Le gouvernement Zapatero s'est enfin attaqué au statut du site, lieu de rassemblement favori des nostalgiques de la dictature.
Difficile de leur reprocher cet apparent manque de conscience historique: tout semble fait pour que l’on oublie le passé douloureux des lieux. Sur son site, l’office du tourisme de la région se contente d’évoquer les dimensions colossales de l’ouvrage. L’organisme public Patrimonio Nacional, en charge du Valle, ne fait lui aucune référence sur Internet à la tombe de Franco. On y évoque tout juste "la grande Basilique sépulcrale où sont enterrés des morts des deux camps s’étant affrontés pendant la guerre civile." La crypte accueille les corps de combattants républicains et de fascistes Les historiens estiment pourtant que les restes de 30 000 à 60 000
Espagnols ont été transportés sur les lieux, souvent contre l’avis des
familles, à partir de la fin des années En ce dimanche après-midi, des fleurs fraîches décorent chacune des deux pierres tombales, signe des honneurs encore concédés à Franco. Malgré la transition vers la démocratie il y a trente ans, plusieurs centaines de nostalgiques de la dictature se rassemblent d'ailleurs dans la basilique chaque 20 novembre, date de la mort du Caudillo, pour une messe hommage convoquée par l’association Francisco Franco que préside sa fille. Une loi de "mémoire historique" pour "dépolitiser" le site Il leur faudra bientôt trouver un autre point de ralliement. Après plus d’un an de tractations parlementaires, la loi dite de "mémoire historique", qui condamne le franquisme et veut honorer les victimes de la guerre civile et de la dictature, devrait finalement être adoptée par le Parlement espagnol à la fin du mois d’octobre, en dépit des critiques farouches du Parti populaire (droite). Surprise des négociations, les députés conservateurs ont cependant voté en faveur de l’article exigeant la dépolitisation du mausolée, il y a quelques jours. Celui-ci prévoit d’interdire tout acte de nature politique ou "exaltant la guerre civile, ses protagonistes ou le franquisme" dans l’enceinte de l’établissement religieux. Les visites continueront, mais dans le but d’honorer la mémoire des victimes, "d’approfondir les connaissances sur cette période historique" et de promouvoir "l’exaltation de la paix et des valeurs démocratiques". D’ici là, les ossements des anciens ennemis du régime restent confinés derrière des portes fermées, surmontées de la devise aux connotations franquistes: "Morts pour Dieu et l’Espagne. 1936-1939." |
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| Valle de los Caídos : les horreurs du franquisme |