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| Une exposition madrilène magnifie le mythe de Robert Capa | |
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| MADRID de notre envoyé spécial | |
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Robert Capa est de retour à Madrid. Soixante ans après avoir
pris des images mémorables de la guerre
d'Espagne et de la ville assiégée,
le photographe d'origine hongroise, qui venait tout juste d'adopter son
pseudonyme tonitruant, revient dans la capitale apaisée du royaume
par la grande porte : 140 de ses images sont accrochées au Musée
Reina-Sofia, à l'endroit même où est logé le
Guernica de Picasso. Tout un symbole.
Robert Capa (1913-1954), né Endrei Friedmann avec un sixième doigt à la main gauche, s'était fait un nom avec des photos du Front populaire, mais c'est durant la guerre d'Espagne, à vingt-trois ans, qu'il a gagné une notoriété internationale, en dix séjours, autant de reportages, et après avoir pris la photo de guerre la plus célèbre au monde : un républicain fauché par une balle invisible. Célèbre au point d'être consacré " plus grand photographe de guerre au monde " par le Picture Post en 1938. Ce n'est pas un mythe mais une tranche d'histoire que viennent découvrir les nombreux visiteurs du Reina-Sofia, en majorité jeunes. Il y a aussi quelques vieux, des curés en soutane, des professeurs et leurs élèves. Rarement on aura entendu autant de commentaires sur tel événement. Beaucoup de portraits viennent rythmer les scènes de guerre - l'exposition s'appelle " Face à face ". Capa est toujours physiquement du côté des républicains. Plus que cela, on sent qu'il les aime, ces hommes et ces femmes, paysans et ouvriers, socialistes, communistes et anarcho-syndicalistes, qu'il magnifie en usant de la contre-plongée. C'est sans doute pour cela que l'Espagne d'aujourd'hui se sent proche d'un photographe qui ne voulait pas " photographier des défaites républicaines ", écrit Richard Whelan ( Capa, Mazarine, 1985). Cette exposition scelle les liens entre Capa et l'Espagne démocratique. D'autant que Cornell Capa, le frère du photographe, a donné au Musée Reina-Sofia 250 tirages de la guerre civile, comme ces portraits de combattants souriants dans la brûlante Barcelone d'août 1936 et ceux de réfugiés anéantis qui ont franchi la frontière française en mars 1939. Mais avec Capa la légende n'est jamais loin. Celle du reporter romantique et baroudeur : amateur de femmes (il eut une relation avec Ingrid Bergman), d'hôtels, de poker (ses compagnons de nuit étaient Hemingway, Huston, Steinbeck, Bogart), de courses de chevaux, d'alcool. Légende renforcée par sa mort brutale - " Cette popularité me tuera " - quelque part au Cambodge, lors de sa cinquième guerre, après avoir sauté sur une mine à l'âge de 41 ans. La légende est entretenue sous la forme d'une photo affichée à l'entrée de l'exposition, représentant le couple Robert Capa-Gerda Taro. Texte : " Durant les premiers jours du siège de notre capitale, ce magnifique couple de fiancés, ces deux êtres exceptionnels, deux photographes audacieux, portaient leur appareil comme seule arme défensive. " Quel couple ! Gerda Pohorylles devint Taro en référence à Garbo, et Endrei Friedmann devint Capa en référence à Frank Capra. Gerda fut " son grand amour ", écrit Richard Whelan, qui ajoute cependant que leurs liens étaient déjà distendus quand elle mourut, en 1937, au coeur de la bataille de Brunete. " IL FAUT AIMER OU DETESTER " Gerda Taro était au côté de Robert Capa, l'année précédente, lorsque le photographe prit une photo controversée d'un milicien fauché, le 5 septembre 1936, au village de Cerro Muriano, près de Cordoue. Sur un mur de l'exposition, quatre images prises au même moment éclairent le contexte : six miliciens enjambent une ravine ; ils se préparent à tirer : ils tirent ; un milicien tombe à la renverse, lâchant son fusil. Une photo manque bizarrement. Celle d'un second milicien abattu, sur le même lieu. Les deux images furent publiées dans Vu du 23 septembre 1936, sous le titre : " Comment ils sont tombés ". Légende : " Le jarret vif, la poitrine au vent, fusil au poing, ils dévalaient la pente couverte d'un chaume raide... Soudain, l'essor est brisé, une balle a sifflé - fratricide - et leur sang est bu par la terre natale... " La similitude des deux images a fait naître une polémique après la mort de Capa : ce dernier a-t-il fait poser des miliciens pour symboliser le combat désespéré des républicains ? Robert Capa lui-même a donné du grain à moudre à ses détracteurs, multipliant les versions " qui ne concordent pas ", rappelle Richard Whelan. Dans le seul témoignage publié sous la dictée de Capa, paru dans le World Telegram de New York en septembre 1937, il raconte qu'il se trouvait seul sur la colline avec le soldat - la séquence prouve le contraire. Le feuilleton a rebondi en 1996 lorsque la journaliste Rita Grosvenor, s'appuyant sur les recherches de Mario Brottons, affirma dans The Observer que le milicien abattu ce jour- là à Cerro Muriano s'appelle Federico Borrell Garcia ( Le Monde du 6 septembre 1996). Cette thèse, survenue soixante ans après les faits, vient surtout entretenir la légende de Capa et d'une image qui ne lui appartient plus. L'aura de ses reportages de guerre annihile l'analyse d'un style réduit à une profession de foi, là encore légendaire : " Si la photo n'est pas bonne, c'est que le photographe n'est pas assez près. " Il y a pourtant chez Capa, face au fascisme, un engagement proche du militantisme. Dans son livre Des hommes d'images (éd. de La Martinière, 1999, 400 p., 115 photos, 169 F, 25,8 ), John Morris rappelle un commandement de Capa : " Dans une guerre, il faut aimer ou détester. Il faut prendre position, sinon on ne supporte pas ce qui se passe. " Une fois, en Indochine, le cofondateur de l'agence Magnum a dérogé à ce principe. Il y est mort. |
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| MICHEL GUERRIN | |
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Robert Capa, cara a cara. Museo national centro de arte Reina Sofia, Santa Isabel, 52, 28012 Madrid. Tél. : 00-34-467-50-62. Du lundi au samedi, de 10 heures à 21 heures ; dimanche, de 10 heures à 14 h 30. 500 pesetas (3 ). Jusqu'au 5 avril.DOC : texte accompagné d'une photo |
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