![]() MIGUEL HERNANDEZ Sa soif d'apprendre le pousse à lire, notamment les classiques du Siècle d'Or. Dans toute son oeuvre l'écho de cette formation se mêle aux plus pures traditions de la terre lévantine. Homme du peuple, républicain Il a 34 ans. |
Si hay hombres que contienen un alma sin fronteras, |
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Les vents du
peuple me portent
Les
vents du peuple me portent
les vents du peuple me traînent me déchirent le coeur et me dessèchent la gorge. Face au châtiment les boeufs abaissent le front, impuissants et calmes : les lions redressent la tête et enfoncent de plus belle leurs griffes funèbres pour châtier. Je n'appartiens pas à un peuple de boeufs mais j'appartiens à un peuple qu'encombrent les repaires de lions, les défilés des aigles ; et les cordillères à taureaux l'orgueil aux cornes. Jamais les boeufs n'ont fait souche dans les plaines d'Espagne. Qui parle de mettre un joug au cou de cette race ? Qui parle d'entraver l'ouragan ? Qui retiendra jamais le rayon prisonnier d'une cage ? Asturiens de bravoure, basques de pierre dure, valenciens de joie et castillans de l'esprit, ciselés comme la terre, aériens comme les ailes. Andalous nés des éclairs entourés de guitares, forgés sur les enclumes torrentielles des larmes ; hommes d'Extrémadure, comme le seigle, galiciens de pluie et de calme, catalans inébranlables, |
aragonais de race pure,
murciens de dynamite en fruit propagée, léonais, navarrais, maîtres de la faim, de la sueur et de la hache, rois de la mine, seigneurs du labourage, hommes qui, parmi les racines, allez de la vie à la mort comme racines vivaces, hommes qui allez du néant au néant : les hommes de la mauvaise herbe veulent vous passer le joug, vous leur briserez ces jougs sur les reins. Le crépuscule des boeufs commence à luire à l'aube. Les boeufs meurent vêtus d'humilité dans l'odeur de l'étable ; les aigles, les lions et les taureaux, meurent drapés d'arrogance et derrière eux le ciel ne se trouble ni ne défaille. L'agonie des boeufs a un visage étroit, l'agonie des mâles fait force à la nature. Si je meurs, que je meure la tête haute. Mort et vingt fois mort, la bouche contre le chiendent, j'aurais les dents serrées et le menton provocant. Chantant, j'attends la mort, il y a des rossignols qui chantent sur les fusils au milieu des batailles. |