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Note de lecture de Rémi Pech, Historien (ancien Président de l'Université de Toulouse-Mirail) Nourri par un nombre impressionnant de
témoignages écrits et oraux et un dépouillement d’archives
publiques et privées confinant à l’exhaustivité cet ouvrage
bourré de références et richement illustré par photos et
reproductions de documents apporte énormément à la connaissance
des mouvements résistants autant qu’à l’histoire de l’exil
espagnol.
>Plusieurs ouvrages ont naguère attiré l’attention sur le coup de main pathétique tenté fin octobre 1944 par les guérilleros du Sud-Ouest sur le Val d’Aran, dans l’espoir totalement irréaliste, mais alors bel et bien réel, de faire tomber le dernier bastion du fascisme européen, le franquisme. Les frères Farreny nous apprennent que ce fait d’armes puise sa genèse deux ans et demi plus tôt dans la constitution d’un mouvement explicitement intitulé pour que nul n’en ignore Reconquista de Espana. L’épicentre de ce mouvement se trouve non à Toulouse comme on pouvait s’y attendre, mais en Lot-et-Garonne, alors coupé de Bordeaux par la ligne de démarcation et en revanche bien relié aux départements voisins de la zone «libre ». C’est la police de Vichy qui démantèle l’impressionnant réseau combattant constitué par les espagnols , jetant plusieurs centaines de militants dans des prisons ou des camps répressifs comme celui de Noé. La plupart n’en sortiront que pour aller à la mort dans les trains de déportation dont l’ultime, le fameux « train fantôme » parti de Toulouse le 30 juin 1944 reçoit ici et pour la première fois de manière détaillée, une analyse de sa composition, ignorée ou négligée jusqu’ici, à tel point que les victimes ne sont pour nombre d’entre elles pas encore reconnues comme déportés et résistants. Avec grand scrupule, les auteurs établissent que l’ossature du mouvement était communiste, mais mettent bien en valeur les autres apports. Ils démontrent ainsi la non-étanchéité des communautés d’exilés, et le fond commun de leur motivation résistante, anti-nazie et anti-vichyste. Des épisodes fameux, comme l’accueil du glorieux général de Lattre à la sinistre prison Furgole de Toulouse par une Marseillaise reprise par tous les détenus parsèment ce livre écrit dans un but essentiellement documentaire, mais esquissant bien au delà des analyses historiques d’une grande profondeur. Le parti de suivre individu par individu chaque destin résistant peut parfois déconcerter en donnant à l’ouvrage une allure foisonnante. Mais ce kaléidoscope de l’engagement et de la répression restitue efficacement un mouvement d’une authenticité et d’une force militante inégalées. Reprenons la conclusion des auteurs : il s’agit bien d’une réparation envers les innombrables Nelson Mandela espagnols qu’il convient de tirer des fosses communes où gît une part de l’histoire. Rémy Pech, Université de Toulouse-Le Mirail |