POUR LA LIBERTÉ - Rachel ARTO - 9
Une heure après leur départ de Puigcerda, les deux hommes arrivent en vue de La Tour de Carol. Ils sont las. Ils se joignent aux milliers d’hommes qui fuient comme eux et ils suivent le même mouvement. 
Le chemin est gardé maintenant par un cordon de gendarmes et de gardes mobiles. Les uns et les autres répètent inlassablement : « Allez ! Allez ! » Que peuvent-ils bien vouloir dire par là ? 
La colonne avance d’un bon pas « encouragée » par les incessants « Allez ! Allez ! ». Cette première impression n’est pas bonne. Mais après tout, qu’importe ? Au moins les autres ne pourront plus rien contre eux. 
Et ils arrivent bientôt à une immense prairie en pente. Au bas, un ruisseau. Le long de ce ruisseau, des Sénégalais à cheval et armés jusqu’aux dents : couteau, fusil et baïonnette. 
 « Que personne ne sorte ! » crie-t-on. « Demain nous continuerons la marche. » 
 La prairie se remplit de monde. Chacun se dispose à camper selon ses moyens.
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ESPAGNE AU COEUR